LA PESTE  DANS L'HISTOIRE

« Une peste terrible vint fondre sur les peuples de l'Orient et de l'Occident ; elle maltraita cruellement les nations, emporta une grande partie de cette génération, entraîna et détruisit les plus beaux résultats de la civilisation. Elle se montra lorsque les empires étaient dans une époque de décadence et approchaient du terme de leur existence ; elle brisa leurs forces, amortit leur vigueur, affaiblit leur puissance, au point qu'ils étaient menacés d'une destruction complète. La culture des terres s'arrêta, faute d'hommes ; les villes furent dépeuplées, les édifices tombèrent en ruine, les chemins s'effacèrent, les monuments disparurent ; les maisons, les villages, restèrent sans habitants ; les nations et les tribus perdirent leurs forces, et tout le pays cultivé changea d'aspect. »
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- Ibn Khaldoun, philosophe et historien musulman du 19e siècle

Chronologie des épidémies

Age de Bronze
3000 av J-C

L'ADN des squelettes humains de l'âge du bronze montre maintenant que la peste est apparue pour la première fois au moins dès 3000 avant JC. L'épidémie ne s'est probablement pas propagée aussi férocement mais elle a néanmoins pu entraîner des migrations massives à travers l'Europe et l'Asie.

Temps Bibliques
XIIe siècle av. J-C

En comptant son peuple, le roi David a entraîné la colère de Dieu car c’est Lui seul qui peut décider qui doit vivre. Châtié par Dieu David dut choisir entre 7 années de famine, 3 mois de guerre ou 3 jours de peste. Son choix s’est porté sur la peste (Samuel 24 livre II) qu’un ange lui a apporté avec la conséquence de réduire considérablement son peuple.

Peste Antonine
165 et 190

Elle frappa l’Empire romain à la fin de la dynastie Antonine. Cette peste fait l'objet de débats quant à sa contribution au déclin de l'Empire romain d'Occident. Image: Wellcome Library, London

Peste de Justinien
541 à 747

Cette pandémie a affecté l’Empire byzantin de Rome et sa ville centrale, Constantinople. On pense qu’elle a tué un quart de la population de l’époque. Elle aurait été causée par la même bactérie qui a provoqué la Peste Noire plus tard, et les historiens estiment qu’elle est revenue pendant deux siècles différents. Image: Michiel Sweerts »

Peste de Marseille
1720

Entre 1720 et 1723, Marseille et sa région ont été le théâtre d'une épidémie terrible, durant laquelle jusqu'à 120.000 personnes auraient péri sur les 400.000 habitants qui occupaient la Provence à l'époque. Image: Michel Serre (musée Atger, Montpellier)

Peste de Chine
1885

Parmi les trois plus sévères pandémies de peste de l’Histoire, se trouve celle apparue en Chine au milieu du 19e siècle et qui fit une dizaine de millions de morts, dont un grand nombre en Mandchourie, mais peu dans les pays développés grâce aux mesures de protection. A cette occasion, Yersin décrivit le bacille responsable, le même qui touche les rats et les hommes, même s’il fallut des années pour comprendre le rôle des puces infectant les rats.

LA PESTE NOIRE DE 1347

Plus de 25 millions de victimes en 5 ans

La Peste est arrivée en Occident, diffusant depuis les ports vers les grandes villes marchandes. Venant des steppes asiatiques, les cavaliers Mongols auraient amené avec eux le bacille jusqu’à la Mer Noire, où ils ont assiégé les Génois dans la ville de Caffa en Crimée, qui y avaient des comptoirs commerciaux. Pour faciliter leur entrée, ils leur envoyaient des cadavres contaminés par-dessus les murailles. Beaucoup d’habitants arrivèrent à quitter la ville mais en emportant avec eux le terrible bacille. En accostant à Marseille le 1er novembre 1347, ils ont ouvert les portes de l’Occident au fléau; en un an, les riches cités portuaires du pourtour du bassin méditerranéen ont été touchées les unes après les autres. L’épidémie s’est manifestée jusqu’au 19e siècle. On estime à 30% le pourcentage de personnes infectées par la peste et avec un taux de mortalité de 60 %. Elle a fait ainsi 25 à 50 millions de morts en Europe en l'espace de 5 ans...

La guerre
‍
bactériologique

Le premier acte de guerre bactériologique de l'histoire

La scène prend place au siège de Caffa au 14e siècle qui s’est soldé par un acte de guerre bactériologique, après que l’armée mongole ait projeté des cadavres de pestiférés par-dessus l’enceinte de la ville. La maladie s’est alors répandue rapidement et les habitants qui parvinrent à prendre la fuite emmenèrent avec eux le bacille pesteux, provoquant ainsi la deuxième grande pandémie de peste en Europe.

“Les Tartares mourants, abasourdis et stupéfaits par l'immensité du désastre provoqué par la maladie, et se rendant compte qu'ils n'avaient aucun espoir de s'échapper, ont perdu tout intérêt pour le siège. Mais ils ont ordonné que les cadavres soient placés dans des catapultes et lancés dans la ville dans l'espoir que la puanteur intolérable tuerait tout le monde à l'intérieur. Les chrétiens ne pouvaient ni se cacher, ni s'enfuir, ni s'en échapper, bien qu'ils aient jeté autant de corps qu'ils le pouvaient dans la mer. Et bientôt les cadavres pourrissants souillèrent l'air et empoisonnèrent l'approvisionnement en eau, la puanteur était si accablante qu’à peine une partie de la population était en mesure de fuir les restes de l'armée tartare.”
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- Gabriele de Mussi en 1348

LES FACTEURS FAVORISANT
LA PESTE NOIRE

Les eaux stagnantes 

Les eaux stagnantes étaient courantes en ville dans les douves mais aussi à proximité d’activités nécessitant une forte humidité et une macération comme les textiles, les cuirs, les papiers et le salpêtre et qui constituaient une grande part de la production urbaine.

Le réchauffement climatique

Lorsque les conditions climatiques deviennent plus chaudes et plus humides, le nombre de rongeurs diminue, de sorte que les puces recherchent des hôtes alternatifs comme les animaux domestiques et les humains. Aujourd'hui encore, ce cycle provoque des flambées de peste en Asie.

Les voies maritimes

La Méditerranée a été depuis l’aube des temps une voie de communication majeure permettant les migrations, l’échange des idées, le commerce des marchandises par la Route de la Soie et la diffusion de nouvelles maladies.

La théories des miasmes

La croyance que les miasmes de la peste se répandent par voie aérienne explique pourquoi les habitants des villes les fuyaient et par conséquent diffusaient la maladie dans d’autres régions.

L’ignorance du corps médical

Les médecins étaient peu nombreux et ne s’occupaient que rarement des malades qui étaient surtout confiés aux barbiers et aux chirurgiens.

L’hygiène personnelle

Les médecins préconisaient l’arrêt des bains.  Ils ne se préoccupaient guère du linge sur lequel nombre de vecteurs peuvent proliférer comme les puces et les poux.

LES Impacts
DE LA PESTE‍

L’Antiquité

La Peste d’Athènes a contribué à la défaite militaire contre Sparte et signifié la fin de l’Âge d’Or de la Grèce. Au 3e siècle, la Peste galénique a été à l’origine de la crise de l’empire romain et de sa faiblesse face aux Huns, aux Alamans, aux Ostrogoths et aux Visigoths. Au 8e siècle, la Peste a joué un rôle dans la perte d’influence de l’empire romain d’Orient et de l’empire perse.

- Peste dans une Cité Antique, Michiel Sweerts, c. 1652–1654

L'ARCHEOLOGIE
DE LA PESTE  

La peste aurait marqué la fin du Néolithique

Entre 5000 et 6000 ans, de nombreuses sociétés néolithiques ont décliné dans toute l'Eurasie occidentale en raison d'une combinaison de facteurs qui sont encore largement débattus. Pour cela, des scientifiques français, suédois et danois ont cherché des séquences proches de celle de la bactérie actuelle dans des ADN anciens. En étudiant l’histoire des souches anciennes du Yersinia Pestis, les chercheurs concluent que de multiples lignées indépendantes du pathogène se sont ramifiées et étendues à travers l'Eurasie pendant le déclin néolithique, se propageant très probablement à travers les premiers réseaux commerciaux plutôt que par des migrations humaines massives. Les résultats sont cohérents avec l'existence d'une pandémie de peste préhistorique qui a probablement contribué à la décomposition des populations néolithiques européennes au sein de méga-colonies où la densité de population était propice aux infections.