La peste aujourd’hui

La peste a-t-elle été éradiquée? La dernière grande épidémie de peste est celle de Chine qui remonte à 1894. Après cette période, la peste a fait sa réapparition dans diverses régions du monde et peut être guérie si elle est prise en charge à temps. Dans la crise actuelle, le coronavirus a ressuscité l’image de la peste noire, la plus célèbre et la plus terrible des épidémies médiévales.

Réflexion de Brossolet

« La peste est l’épidémie qui a le plus profondément marqué les populations dans les esprits et les corps..  C’est une des rares épidémies qui a eu, dans le passé, des conséquences majeures tant sur la démographie que sur les sociétés . Son caractère hautement transmissible, la brutalité de son action, sa rapidité d’évolution marquée par une forte létalité et l’absence totale de thérapies efficaces avant le 20e  siècle, lui ont conféré pendant toute son histoire une sinistre particularité ».

- Brossolet, 1971

Epidémiologie

La Peste est le résultat d’une infection par la bactérie Yersinia Pestis. Son histoire remonte à l’Antiquité. Des traces sont même retrouvées dans la Bible. Au Moyen-Âge, elle a fait 25 millions de victimes en Europe qui en a encore été victime pendant les siècles suivants. Elle sévit toujours en Afrique, en Asie et en Amérique.

1900

San Francisco

Épidémie déclenchée dans le quartier de Chinatown par l'arrivée du navire “Australia” qui accosta dans le port de San Francisco en 1900 en amenant avec lui des rats infestés par la peste de Hong Kong en 1894.

1910

Mandchourie

Le Nord de la province est frappée par une épidémie de peste, provenant des marmottes, qui fait des centaines de milliers de victimes. Illustration dans "Le Petit Journal" du 19 février 1911. Allégorie de la peste et la mort dévastant la population Mandchoue.

1920

France

L'épidémie de peste bubonique de 1920 à Paris, aussi appelée "peste des chiffonniers" a fait 34 morts dans les faubourgs pauvres et la banlieue.

1970

Etats-Unis

Depuis 1970, 40 personnes ont contracté la peste en Californie, 9 en sont mortes, selon le décompte des autorités américaines. En août 2015, deux touristes ont été contaminés par la maladie dans le parc national du Yosemite.

1994

Inde

Les pestes buboniques et pulmonaires sont détectées dans 26 États alors que l’on croyait la maladie éradiquée depuis presque 30 ans. On y dénombre 163 cas confirmés et 54 morts.

2006

Congo

“La République démocratique du Congo est l'un des rares pays où les cas de peste se multiplient depuis plusieurs années. La dernière épidémie d'importance avait touché la région du Haut-Uele en 2006: 42 personnes avaient alors trouvé la mort.” - OMS

2010

Pérou

“Le Pérou est l'un des trois pays au monde où les épidémies de peste sont les plus nombreuses, selon l'OMS. En 2010, 17 cas avaient été signalés dans la région d'Ascope.” - OMS

2010

Madagascar

Le premier cas est détecté dans le village de Soamahamanina à Tsiroanomandidy. L'épidémie éclate sous la forme de peste bubonique et pneumonique. On y recense 119 cas, dont 40 décès, le 16 Novembre 2014.

portrait d'une bactérie

Les bactéries sont dotées d’une membrane cellulaire et de matériel génétique de type DNA ( RNA pour les virus),  elles ont leur métabolisme propre, les possibilités de se reproduire, de tirer leur énergie de l’environnement et ainsi de posséder une certaine autonomie, ce que les virus n’ont pas.

LE BACILLE DE LA PESTE

Alexandre Yersin

Quand une épidémie de peste originaire de Mongolie frappe Hong Kong en 1894, Alexandre Yersin prélève les bubons, les met sous microscope et décrit un bacille gram négatif et immobile: Yersinia Pestis. La paroi de Yersinia possède la caractéristique des bacilles dits gram négatif d’être couverts par une paroi double qui empêche les globules blancs de les ingérer facilement et qui résiste souvent aux antibiotiques.

Microscope optique

Les bacilles Yersinia Pestis existent sous forme double ou de chaînettes, observables au microscope optique. A l’intérieur du corps, ils sont souvent avalés par les globules blancs et éliminés, mais parfois ils résistent et survivent, éventuellement dans les ganglions où ils se répliquent et sont responsables de gonflements (appelés bubons). Ils peuvent aussi disséminer dans tout le corps comme  au cours de la peste systémique rapidement mortelle. 

yersinia pestis 
AU microsCope

5 cm

Culture de Yersinia Pestis

Cette photographie représente la morphologie coloniale affichée par la bactérie cultivée dans du sang de mouton pendant une période de 72 heures, à une température de 37 ° C.

Le mode d'invasion de yersinia pestis

La maladie se transmet suite à une morsure de puce infectée, par ou sans l’intervention des rats, puis d’homme à homme. Au départ, le bacille est hébergé dans le tube digestif de la puce infectée où il se multiplie, bloque son estomac et finit par être régurgité dans sa salive. A l’endroit de la peau de l’individu mordu, le bacille se multiplie, provoque une nécrose locale, envahit aussi les ganglions lymphatiques situés à proximité (« qui prennent l’allure de bubons »). Et comme Yersinia possède des facteurs de résistance qui lui permettent d’échapper aux défenses de l’individu mordu, il résiste souvent à la phagocytose et aux défenses; il réduit la réaction immune des cytokines et ainsi arrive à se disséminer dans l’organisme.

Si dans les campagnes la peste se transmet essentiellement de la puce au rat et vice-versa, en ville et en zone rurale, même si la contamination se fait toujours entre le rat et la puce, c’est la morsure de cette dernière qui provoque la peste.

LES ORGANES du système immunitaire

Quels sont nos outils de défense?

L'organisme représente un environnement idéal pour les agents infectieux comme les bactéries et les virus. Face aux agents infectieux, le système immunitaire mène une lutte impitoyable organisant un véritable réseau de défense avec les globules blancs, les anticorps et d'autres facteurs présents dans le sang et les tissus. Ensemble, ils sont généralement capables d’éliminer l’étranger. Les cellules du système immunitaire se trouvent au départ dans le thymus, la moelle osseuse, les organes et le tissu lymphoïde. Les défenses immunes sont le résultat d’interactions entre macrophages, lymphocytes T (immunité cellulaire) et lymphocytes B (immunité humorale) dans le but d’éliminer les virus présents dans le sang ou dans les tissus infectés.

LA résistance de yersinia

Normalement, les polynucléaires neutrophiles absorbent les bactéries, les digèrent et ainsi les éliminent. Ils sont aidés par les macrophages qui possèdent aussi cette capacité (outre celle de présenter l'agent pathogène aux cellules de l'immunité et de déclencher la réaction immune). Mais la bactérie Yersinia a la capacité de subsister à l'intérieur du polynucléaire et aussi d'affaiblir le macrophage. De la sorte, elle trompe les cellules de la défense immunitaire et les empêche de fonctionner. La lutte est dès lors perdue et Yersinia  peut envahir d'autres  tissus.

LES trois formes cliniques

1. Peste bubonique

La peste bubonique se déclare avec l’apparition brutale de forte fièvre, de maux de tête, une atteinte de l’état général et des troubles de la conscience. Suivent des gonflements (bubons) des ganglions du cou, des aisselles et de l’aine.

2. Peste pulmonaire

La peste pulmonaire est souvent mortelle. Elle se manifeste par une toux muco-purulente avec du sang et des douleurs dans la poitrine, auxquelles s’ajoutent les autres symptômes de la peste bubonique.

3. Peste septicémique

La peste septicémique survient lorsque l’organisme ne résiste plus et que les bacilles envahissent le sang et les organes. Elle se manifeste par un syndrome infectieux très sévère allant jusqu'à la gangrène.

 Les premiers traitements de la peste

La Sérothérapie en 1896

Appelée également immunisation artificielle passive, la sérothérapie est l'utilisation thérapeutique du sérum sanguin (partie non cellulaire du sang) se caractérisant par l'administration et par l'injection sous-cutanée d'un sérum immunisant. Alexandre Yersin injectait aux personnes infectées du sérum provenant de chevaux hyper immunisés contre la peste.

La Phagothérapie en 1925

La phagothérapie est l'utilisation de virus bactériophages afin de traiter certaines maladies infectieuses d’origine bactérienne. Mise au point par Félix d’Hérelle (1873-1949), la technique consistait à injecter des virus tueurs de bactéries, spécialement extracellulaires, préalablement obtenus après centrifugation et filtrage de bouillons de cultures additionnés de chloroforme.

Pionniers de l'immunologie