lES conceptions médicales

Lorsque la Peste Noire a frappé l'Europe au milieu du 14e siècle, personne ne savait comment prévenir ou traiter la maladie. Beaucoup pensaient pouvoir la guérir, mais aucune des effusions de sang, des concoctions ou des prières ne fonctionnaient. Le cadre intellectuel général de la gestion de la maladie était imparfait. L'échec de la médecine médiévale est en grande partie dû à la stricte adhésion aux anciennes croyances et à la réticence à changer la pratique de la médecine inculquée par les anciens. - Joseph A. Legan

Le concept
de pestilence

Au Moyen-Âge, les maladies contagieuses étaient rangées dans la catégorie des « pestilences » ou sinon  portaient le nom d’une fièvre de couleur comme la « fièvre pourpre ». Maladies, guerres et famines, surtout quand ces trois fléaux se conjuguaient, fauchaient la population dans des proportions considérables. L’espérance de vie était alors d’environ 25 ans, les deux sexes confondus. À cinquante ans, il ne restait plus guère que 25% d’une génération, et à soixante-dix ans, 7 à 8%.

Les conceptions hippocratIQUES

Dans son Livre des Epidémies (5e siècle avant J-C) Hippocrate écrit que les bubons se forment dans la peau parce que les humeurs y sont renfermées, puis s’échauffent avant d’élever des phlyctènes semblables à des bulles produites par le feu, avec des sensations de brûlures…. les maux de gorge sont fréquents,  la voix est altérée, des tumeurs apparaissent aux parties génitales, de l’ophtalmie survient. Pour s’en préserver, il recommande de grands feux de plantes aromatiques comme l’hysope, la lavande, le romarin, la sarriette…. Comme la putréfaction est chaude et humide, elle doit être combattue par des aliments froids et secs.

Les conceptions galéniques

Galien (131-201) était à Rome lorsque l’épidémie s’est déclarée. Il décrit exanthème, inconfort gastrique, diarrhée avec selles noires, haleine fétide, toux catarrhe, ulcérations internes et inflammation,… et quand les épidémies de charbon viennent d’Asie, les veines se dénudent. Pour lui, les deux indicateurs du diagnostic sont l’urine et le pouls, parfois l’examen des selles et du vomissement … Il attribuait de l’importance à  l’environnement et à sa corruption. Le traitement passait par la saignée.

La théorie
des miasmes

Au Moyen-Âge, la conception miasmatique  s’est développée à côté de la théorie galénique humorale.

1. Le poison ou le venin pénètre par l’air infecté ou par contact, voire par une combinaison des deux.

2. Le poison est une pourriture des humeurs qui vient de la putréfaction de la terre, qui s’élève dans l’air après l’orage pour y redescendre sous l’influence de la conjonction des planètes.

3. Cette conception a persisté jusqu’au 19e siècle.

Les influences
astrales

L’art de guérir de l’époque était influencé par l'alignement astrologique et des forces surnaturelles. On pensait que l’épidémie s’annonçait par des signes précurseurs comme des comètes, des éclipses, des tremblements de terre, des orages, etc. Paracelse et Nostradamus étaient d’ailleurs eux-mêmes astrologues.

La prise en charge des malades

Si les médecins se référaient principalement aux traités d’Hippocrate et de Galien et aux autres conceptions de l’époque, la peste était aussi liée au monde divin ; le traitement était souvent administré par les religieux. Ils utilisaient également des médicaments  à base minérale, végétale ou animale. Parmi les remèdes, le bézoard (concrétion intestinale), le vinaigre des quatre voleurs, la thériaque,…. mais également la saignée, l’incision de bubons, ... confiées aux  barbiers et aux chirurgiens.

Le personnel médical

Le personnel médical était composé de médecins à la tête de l’équipe soignante, de chirurgiens et d’apothicaires et, gravitant autour d’eux, des garçons-chirurgiens, des aide-apothicaires, des infirmiers. (Les bureaux de santé recrutaient aussi des barbiers avec la promesse d’obtenir une maîtrise en chirurgie). Ils pratiquaient des saignées, recommandaient des remèdes comme placer des grenouilles sur les bubons afin de « rééquilibrer les humeurs ». Ils utilisaient une baguette (verge blanche ou rouge dite canne de Saint-Roch) pour examiner les malades ou des pinces à long manche pour les opérer à distance. Ils ouvraient ou cautérisaient les bubons et les  ganglions infectés. Mais ils devaient rester à distance de la population et, parfois, être soumis à la quarantaine. 

Le port
du masque

A partir de la moitié du 17e siècle, les médecins de la peste se paraient d’un masque en forme de bec de canard dans lequel étaient placées des plantes aromatiques susceptibles de leur permettre de mieux supporter l’odeur de la mort.

Portrait véritable d’un médecin à Marseille, étant revêtu du marroquin et d’un étui de nez, rempli des parfums contre la peste, de même que portant à la main un petit bâton pour en tâter le pouls aux malades - Gravure (colorisée) de 1720 parue dans "Les Gardes-malades congréganistes, mercenaires, amateurs, professionnelles (1901)"

le costume de médecin de la peste

Certains médecins de la peste portaient un costume spécial, inventé par Charles de L'Orme en 1630, utilisé pour la première fois à Naples pour ensuite se répandre dans toute l'Europe pour protéger les docteurs de l'épidémie. Il se composait d'une tunique en lin, en cuir ou en toile cirée descendant jusqu'aux chevilles et enserrant la tête dans une cagoule, d'un masque en forme de bec, de gants, de bottes et de jambières, d'un chapeau noir à large bord et d'une longue cape.

"I am plague doctor"
Scalpel
Chapeau
masque
gants
Pomme de senteur
ail
tunique
baguette

Chapeau

A l'époque, le chapeau permet de reconnaître un docteur.

Scalpel

Employé pour inciser les bubons.

Gant

Fabriqué en cuir ciré

Masque

Le masque avec des ouvertures pour les yeux en verre et un nez en forme de bec de corbin était généralement bourré d’aromates souvent préalablement brûlés pour exacerber leur vertu supposée désinfectante et censée décontaminer l’air. La fonction purificatrice de ce masque répond aux croyances de l’époque. On pensait jadis que la maladie circulait par l’air (théorie des miasmes), la décontamination de vapeurs viciées devenant dès lors une étape essentielle pour se débarrasser du fléau.

Baies
Rose
Menthe
Storax
Myrte
Ambre gris
Clou de girofle
Labdanum
Camphre
racine-d angélique
ail
romarin

Pomme de senteur

Souvent porté autour du cou, il contient des substances aromatiques et des herbes censées éloigner le “miasme”, émanation provenant de matières organiques en décomposition et considérée, avant la découverte des micro-organismes pathogènes, comme l'agent des maladies infectieuses et qui se caractérise par une odeur fétide.

Baguette

La baguette (verge blanche ou rouge dite canne de saint Roch) est utilisée pour examiner les malades ou des pinces à long manche pour les opérer à distance. Certaines sources rapportent que le bâton servait également de moyen de défense en cas d’approche un peu trop insistante de patients désespérés.

Tunique

La tunique en lin, en toile cirée et en cuir constitue à l’époque une carapace contre les puces, protection se révélant efficace à l'usage, découverte empirique car ce mode de transmission n'est pas encore connu à l'époque. Elle était souvent enduite de graisse ou de cire afin de réduire, d’après les croyances de l’époque, le risque d'infection.

De l`ail

Les docteurs de peste mâchaient souvent de l’ail de façon préventive.

Aromates

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Vinaigre des 4 voleurs

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Les culs de poulet

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Chevaux et moutons

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Le bézoard

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Les amulettes et la corne de licorne

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La thériaque

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Les sangsues

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La mandragore

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Les saignées

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Les ventouses

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Médecins pionniers

Victimes de la peste